Dimanche 22 mars : la Sainte Croix

Explication du dimanche de la Croix

Le 3e dimanche du Grand Carême est appelé vénération de la Croix. Lors de la Vigile de ce jour, après la Grande Doxologie, la Croix est apportée en procession solennelle au centre de l’église et y demeurera toute la semaine durant – il y aura un rite spécial de vénération à la suite de chaque office. Il est remarquable que le thème de la Croix qui domine l’hymnologie de ce dimanche est développé en termes non pas de souffrance mais de victoire et de joie. Plus encore, les chants donnant le thème (hirmoi) du Canon du dimanche sont issus de l’Office Pascal – “Le Jour de la Résurrection” – et le Canon est une paraphrase du Canon de Pâques. La signification de tout ceci est claire. Nous sommes à la mi-Carême. D’un côté, l’effort physique et spirituel, s’il est effectué de manière sérieuse et constante, commence à être ressenti, son fardeau commence à être pesant, notre fatigue plus évidente. Nous avons besoin d’aide et d’encouragement.

Dimanche de la Croix
par le Père Alexandre Schmemann 

D’un autre côté, ayant enduré cette fatigue, ayant gravi la montagne jusqu’à ce point-ci, nous commençons à voir la fin de notre pèlerinage, et les rayons de Pâques commencent à croître en intensité. Le Carême est notre propre crucifixion, notre expérimentation, aussi limitée soit-elle, du commandement du Christ entendu dans l’Évangile de ce dimanche : “Si quelqu’un veut Me suivre, qu’il renonce à lui-même, prenne sa croix et Me suive”[2]. Mais nous ne savons pas prendre notre croix et suivre le Christ à moins que nous n’ayons Sa Croix, qu’Il a prise pour nous sauver. C’est Sa Croix, et pas la nôtre, qui nous sauve. C’est Sa Croix qui donne non seulement signification mais aussi puissance aux autres. C’est ce qui nous est expliqué dans le Synaxaire du Dimanche de la Croix :

« Ce même jour, troisième Dimanche de Carême, nous célébrons comme une fête la Vénération de la précieuse et vivifiante Croix. Puisque, par le jeûne des 40 jours, nous sommes en quelque sorte crucifiés nous aussi, […], et que nous avons une sensation d’amertume à cause de notre négligence ou de notre découragement, voici qu’est exposée la vivifiante Croix, comme pour nous ranimer et nous soutenir, nous encourager en nous rappelant les Souffrances de notre Seigneur Jésus Christ […]

« Tout comme ceux qui, ayant encore un long et rude chemin à parcourir et se trouvant épuisés par la fatigue, s’ils trouvent ombre et fraîcheur sous le feuillage d’un arbre, s’y assoient pour se reposer un peu et, comme régénérés, parcourent le reste du chemin, ainsi maintenant au milieu de ce temps de Carême, de cette pénible course et de ce parcours difficile, les saints Pères ont planté la vivifiante Croix, qui nous procure fraîcheur et repos, et qui soulage les voyageurs fatigués, les rendant légers et alertes pour la suite de leurs peines. Ou bien, comme cela se produit pour la venue d’un roi, lorsque le précèdent ses étendards et ses sceptres, et qu’il vient ensuite lui même, dans la joie et l’allégresse de sa victoire, que partagent également ses sujets, de même aussi le Christ notre Seigneur, devant bientôt montrer Son triomphe sur la mort et s’avancer avec gloire au jour de Sa Résurrection, envoie en avant Son sceptre, Son royal étendard, la vivifiante Croix, pour nous inviter à nous tenir prêts, à Le recevoir comme Roi et à l’acclamer au cours de Son triomphe resplendissant. Et, en cette semaine qui se trouve au milieu du Carême, parce que le saint Carême est comparé aux eaux de Mara à cause de la contrition, du découragement et de l’amertume qui sont en nous par suite du jeûne, ainsi donc qu’au milieu de ces eaux le divin Moïse jeta le bois pour les rendre douces, ainsi également Dieu, qui nous a sauvés en esprit de la mer Rouge et du Pharaon, par le bois de la précieuse et vivifiante Croix adoucit l’amertume d’un jeûne de 40 jours et nous console pour cette nouvelle traversée du désert, jusqu’à ce que nous arrivions à la mystique Jérusalem, par Sa Résurrection. Et, puisque la Croix est pour nous, comme on dit, l’arbre de Vie et que cet arbre se trouvait planté au milieu du Paradis de l’Eden, les très saints Pères ont eu raison de planter le bois de la Croix au milieu du saint Carême, puisqu’ils y commémorent l’avidité d’Adam, en même temps qu’ils nous décrivent comment elle fut annulée par ce nouvel arbre; car, y ayant goûté, nous ne mourons pas, mais sommes vivifiés. »

Extraits : Père Alexandre Schmemann, Spiritualité orientale n°13, Bellefontaine

Les textes liturgiques

Tropaire, ton 7 dimanche, la Résurrection

Par ta croix, Tu as détruit la mort, / Tu as ouvert au larron le paradis, / Tu as fait cesser les lamentations des femmes myrrhophores, / Tu as ordonné à tes apôtres, ô Christ Dieu, de proclamer / que Tu es ressuscité // en accordant au monde la grande miséricorde.

Tropaire, ton 1 la Croix

Seigneur, sauve ton peuple / et bénis ton héritage ; / accorde à tes fidèles la victoire sur l’Ennemi // et garde ton peuple par ta croix.

Gloire… et maintenant…

Kondakion, ton 7 la Croix

L’épée flamboyante ne garde plus la porte de l’Éden, / car elle a été merveilleusement éteinte par l’arbre de la Croix ; / l’aiguillon de la mort et la victoire des enfers ont été repoussés. / Tu es venu, mon Sauveur, / clamer à ceux qui étaient aux enfers : // « entrez de nouveau dans le Paradis ».

À la place du Trisagion 

Devant ta Croix, nous nous prosternons ô Maître, / et ta sainte Résurrection nous la glorifions.

Prokimenon, ton 6 (Ps. 27, 9 et 1) la Croix

Seigneur, sauve Ton peuple / et bénis Ton héritage.

Vers Toi, Seigneur, je crie, mon Dieu, ne garde pas le silence envers moi.

Lecture de l’épître du saint apôtre Paul aux Hébreux

(la Croix) (Hb IV,14-V,6) 

Frères, puisqu’en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a pénétré au-delà des cieux, tenons ferme la profession de notre foi. En effet, le grand prêtre que nous avons n’est pas incapable, lui, de partager nos infirmités, mais en toutes choses il a connu l’épreuve, comme nous, et il n’a pas péché. Avançons donc, avec pleine assurance, vers le trône de sa tendresse, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.

Tout grand prêtre, en effet, est pris parmi les hommes, il est chargé d’intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu, afin d’offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. Il est en mesure de comprendre ceux qui pèchent par ignorance ou par égarement, car il est, lui aussi, revêtu de faiblesse et, pour cela même, il doit offrir des sacrifices pour ses propres péchés comme pour ceux du peuple. Nul ne s’attribue cet honneur à soi-même, on le reçoit par un appel de Dieu, comme Aaron. De même, ce n’est pas le Christ qui s’est attribué la gloire de devenir grand prêtre, mais il l’a reçue de celui qui lui a dit : « Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré », comme il déclare dans un autre psaume : « Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre de Melchisédech. »

Alleluia, ton 1 (Ps. 73, 2a et 12) la Croix [Triode slavon : ton 1, Apôtre slavon : ton 8, Triode grec : ton 2]

Souviens-Toi de ton peuple que Tu as acquis dès l’origine.

Dieu était notre Roi dès avant les siècles, Il a accompli le salut au milieu de la terre.

Lecture de l’Évangile selon Saint Marc

(la Croix) (Mc VIII,34-IX,1) 

En ce temps-là, Jésus, ayant appelé la foule avec ses disciples, leur dit : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera. Et que sert-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme ? Que donnerait un homme en échange de son âme ? Car quiconque aura honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aura aussi honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père, avec les saints anges. » Il leur dit encore : « Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point, qu’ils n’aient vu le royaume de Dieu venir avec puissance. »

À la place de « Il est digne… » 

Ô pleine de grâce, en Toi se réjouit toute la création, l’assemblée des anges et le genre humain ; tu es le temple sanctifié, le paradis véritable, la gloire virginale ; c’est de toi que Dieu a pris chair, et s’est fait petit enfant, Lui notre Dieu d’avant les siècles ; de tes entrailles il a fait un trône, et il a rendu ton sein plus vaste que les cieux. Ô pleine de grâce, en toi se réjouit toute la création. Gloire à toi.

Verset de communion

La lumière de ta Face, Seigneur, nous a marqués de son empreinte. (Ps. 4,7)  la Croix

Alleluia, alleluia, alleluia.

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